Corabio pour le bio local et de saison
Olivier Rousseau, chargé de mission à Corabio, acteur incontournable en région Rhône-Alpes a accepté de répondre aux questions de tooeco.
Pouvez-vous nous présenter en quelques mots Corabio ?
Corabio s’occupe de la coordination régionale de l’agriculture bio constituées de quatre associations départementales et d’une association professionnelle d’apiculteurs. Notre organisme qui assure la dynamique du réseau a également un rôle de représentation auprès des collectivités territoriales et institutionnelles, organismes et médias. Enfin, nous sommes affiliés à la FNAB, la Fédération nationale d’Agriculture Biologique des régions de France.
Nous œuvrons pour l’Agriculture Biologique en région Rhône-Alpes en développant des actions d’informations et de promotion pour le grand-public et la presse. Notre rôle s’étend auprès des agriculteurs pour accroitre le nombre de producteurs en bio.
Plus concrètement, pouvez-vous nous citer des actions ?
Nous avons mené deux grandes campagnes en 2009. Le Printemps Bio, fête nationale qui a fêté ses 10 ans et qui se tient en juin pendant une quinzaine de jours. C’est l’occasion de visiter des fermes, des entreprises de créer des animations, foires et marchés et de favoriser l’information sur cette agriculture en direction du grand-public. Notre deuxième action phare et qui est spécifiquement rhônalpine s’appelle « Bio et local c’est l’idéal ». Cette manifestation propose dans toute la région une semaine de découverte des producteurs locaux. Il s’agit de sensibiliser les consommateurs à l’intérêt des circuits courts, à l’achat de proximité et d’attirer l’attention à la saisonnalité des produits. Dans cette approche, nous incluons les ventes directes tels que les paniers, la vente à la ferme, les marchés et les magasins de producteurs.

Les circuits courts se développent-t-ils réellement ?
Oui et c’est logique pour l’agriculture biologique car il s’agit de bon sens. Le consommateur en achetant bio est sensible au choix de l’agriculture et vient tout naturellement à la vente directe. Aujourd’hui le bio se développe beaucoup avec la prise de conscience de l’écologie et de ce fait c’est l’explosion de vente directe et de circuit-court. Tout le monde est gagnant avec la vente directe : le produit est plus frais, les prix plus avantageux pour le client car moins d’intermédiaire et une meilleure rémunération pour les producteurs. Ce nouvel échange économique apporte également beaucoup dans le développement du lien social et redonne vie à l’économie locale et environnementale
Quelques chiffres sur le bio ?
Côte consommation, le bio évolue depuis 10 ans avec une croissance de 10% par an en moyenne. L’année 2008 a été exceptionnelle avec un bon de 25%. Côté production, nous avons une augmentation de 11% de nombre de surface en bio. Il y a beaucoup de surface agricole en conversion mais le SAU* reste insuffisant. L’AB était assez dynamique il y a 30 ans et la France depuis est à la traine par rapport aux pays européens. Le Grenelle de l’Environnement ne suffira pas pour rattraper le retard d’une politique volontaire du bio.
Quels sont les freins pour un producteur pour se convertir à une agriculture bio ?
Tout d’abord la conversion est longue et demande du temps. Cela demande au producteur de changer l’approche de son travail. Aujourd’hui, le consommateur fait un effet levier auprès des producteurs et lève le principal obstacle qui est avant tout culturel et philosophique. La consommation du bio est passée du modèle marginalisé à quelque chose d’admis voire exemplaire. Aujourd’hui, le consommateur est rassuré en achetant un produit local auprès d’un producteur bio. L’AB a fait ses preuves et il y a des débouchés. C’est encourageant pour les producteurs.

Dans la grande distribution, beaucoup de produits bio apparaissent dans les rayons. Y a-t-il des différences avec le produit bio que l’on peut trouver en vente directe ?
Le bio est un produit bio qu’il soit fait en France ou ailleurs. C’est le même du moment qu’il a un label. Le distingo doit être fait sur le circuit de diffusion et de distribution et c’est à cette étape là que les différences apparaissent.C’est problématique si le produit fait 8000 kms. S’il y a importation, c’est que la production ne répond pas suffisamment à la demande française. 1/3 de la consommation bio est actuellement importée ce qui peut se justifier pour les produits non cultivables en France. L’exemple type : la banane ou le café. Mais beaucoup d’autres produits aujourd’hui importés pourraient être produits en France.
Qui sont les clients du bio ?
Il y a toujours le noyau historique de consommateur du bio, public très averti et très impliqué. Aujourd’hui, cela dépasse amplement cette population-là . Il y a une véritable démocratisation du bio, un mouvement qui concerne toute la population urbaine et rurale. C’est une tendance de fond en production et en consommation. Au-delà de ce premier constat, les comportements sont divers.
Comment expliquez-vous cet envol du bio ?
Il s’agit d’une transformation de la société et fait appel à une dimension de « sens ». Nous sommes confrontés à différentes crises : sanitaire, environnementale… Ces questionnements se retrouvent dans les films diffusés comme Home ou le Syndrôme du Titanic. Sur le plan politique, le Grenelle de l’Environnement s’est saisi de ces questions. Il ne faut pas sous-estimer ces campagnes qui fond écho au niveau du citoyen. Nous traversons une époque de prise de conscience et recherchons plus de lien. L’achat direct chez le producteur va également dans ce sens et donne une valeur ajoutée.
Rhône-Alpes, est-elle une région dynamique dans le bio ?
Tout à fait, nous sommes la première région en nombre de producteurs et nous avons une grande diversité de produits comme les plantes aromatiques, l’apiculture et la viticulture. Nous sommes une région avec une forte conscience environnementale. Cela est très net dans la Drôme où la population développe un rapport avec la nature très fort.
Pour clore cet entretien, auriez-vous un coup de cœur sur une initiative à nous faire partager ?
Les magasins de producteurs bio sont de réelles initiatives intéressantes et une alternative pour les consommateurs. Il s’agit de lieux où les producteurs s’associent pour créer un point de vente commun. Dans la Drôme, il y en a déjà 3, bientôt peut-être 5 !
Merci beaucoup Olivier pour ce tour d’horizon du bio en Rhône-Alpes. Pour en savoir plus sur Corabio et les producteurs : www.corabio.org
* SAUÂ : Surface Agricole Utile
Tags - alimentation, bio, Drôme
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