Les Artisons, une SCIC en plein développement
Les Artisons se sont installés dans la Loire à proximité de Saint-Etienne, à La Ricamarie précisément. Vincent Bony a accepté de nous recevoir pour nous faire partager son projet d’entreprise.
Quelles sont les origines de Les Artisons ?
Notre projet est parti de deux constats. La plupart des magasins bio actuels ont perdu la dimension coopérative qui a été la base de leur développement dans les années 70. Les habitants du sud-ouest de Saint-Etienne manquent de lieux d’approvisionnement en produits bio et locaux sur leur secteur. Nous avons donc tout d’abord créé une association en 2004 et ensuite nous avons lancé une SCIC en 2007 Les Artisons. Nous avons obtenu le soutien de la région à travers une subvention qui aujourd’hui arrive à son terme. La SCIC emploie 2 salariés.
Pouvez-vous nous expliquer ce que recouvre une SCICÂ ?
Une SCIC, Société Coopérative d’Intérêt Collectif est une forme juridique qui a été créée par l’état. C’est une société à but non lucrative. Le capital est collectif et est partagé par ses membres, qui y ont pris des parts. Ces membres peuvent être des consommateurs, des salariés ou des partenaires institutionnels.
Aujourd’hui, il en existe quelques centaines en France.
Quel sont les activités de votre entreprise ?
Nous sommes une coopérative de distribution de produits biologiques et écologiques. Pour cela, nous avons ouvert un magasin puis une boulangerie bio artisanale. Nous sommes un lieu de distribution de paniers bio d’une association de maraîchage biologique d’insertion
Dans notre dimension sociale et solidaire, nous préparons l’accueil d’une personne trisomique pour aider à la fabrication du pain et la mise en rayon des marchandises.
En parallèle, nous lançons une action de soutien de l’agriculture biologique locale. La demande de produits bio est forte. Mais nous manquons de producteurs locaux, très en dessous de la demande. La France a pris du retard. Et s’installer en maraîchage bio pour un producteur, c’est souvent difficile. Aussi, nous allons tâcher de développer le nombre de terrains en production AB sur notre secteur, en partenariat avec des agriculteurs en recherche de lieu d’installation, avec l’ARDAB, Asociation Rhône Loire pour le Développement de l’Agriculture Biologique, et avec l’aide de Terre de Liens.
Comment choisissez-vous les produits que vous proposez à la vente ?
En 2008, 20% de produits que nous avons vendus provenaient directement de producteurs bio locaux. Le reste de nos marchandises provient essentiellement de France, mais aussi d’Espagne et d’Italie. Nous devons être vigilants avec les fournisseurs de produits non locaux pour éviter d’avoir des produits bio cultivés de l’autre coté de la planète. Ce manque de produits bio de proximité provoque un débat entre les partisans du local et les partisans du bio. Ce débat se retrouve au sein des AMAP. Nous avons fait le choix du bio autant que possible local. D’autres préfèrent du local même s’il n’est pas bio. Nous espérons rapidement nous rejoindre autour du développement du bio de proximité…

Que pensez-vous justement du nouveau label européen bio ?
Ce nouveau label est un recul par rapport au label AB français. Il a moins de valeur car moins exigeant et donc plus adapté à la demande de la grande distribution. Depuis plusieurs années, la grande distribution cherche à faire baisser le niveau d’exigence en bio. Elle a déjà obtenu un assouplissement important des engagements pour produire des œufs bio. Même si le travail des différents acteurs de la bio dont la Fédaration Nationale d’Agriculture Biologique (FNAB), a réussi à maintenir un niveau d’engagement relativement satisfaisant, le nouveau Label européen répond mieux aux attentes de la grande distribution que le label AB français. Ce nouveau label rend caduque les labels de chaque pays qui doivent maintenant appliquer le nouveau label européen.
Il est possible qu’en France on revienne à Nature et Progrès. Nature et Progrès a été le précurseur du label AB et a conservé un niveau d’exigence supérieur. Prenons l’exemple des œufs. C’est un des premiers produits que l’on trouve un peu partout en bio dans les grandes surfaces. Le nouveau label européen moins contraignant a facilité ainsi la production d’œufs bio mais sans avoir la même qualité.
Nous vous avons connu à travers votre offre de panier bio. D’où proviennent les produits des paniers ?
Nous travaillons avec l’association Terre Ferme, qui a pris des parts dans notre SCIC, pour fournir à nos clients des paniers bio.
Terre Ferme, située à Peaugres en Ardèche, est membre du réseau « Jardin de Cocagne », qui a développé les paniers bio en maraîchage en vue d’employer des personnes en réinsertion.
Le bio est très tendance. Les produits AB ont rejoint les rayons de la grande distribution. Comment cela se passe t-il pour les petits commerces comme le votre ?
Nous ressentons le frein lié à la crise économique malgré la prise de conscience du bien-manger. La grande distribution et le « hard discount » utilisent volontiers les produits bio comme produit d’appel en proposant des prix difficiles à appliquer pour le petit commerce. Ceci étant nos fruits et légumes bio sont souvent bien placés par rapport à ceux des grandes surfaces. Nos consommateurs sont d’abord des gens locaux qui ont soutenu le projet pour sa dimension coopérative, d’économie sociale et solidaire de proximité. Ce n’est que progressivement que nous touchons les consommateurs plus spécifiquement bio. Mais les habitudes de consommation de grande distribution restent bien ancrées. Et beaucoup de magasins bio se laissent tenter par la moyenne surface (200-300 m2) ou plus. Nous optons plutôt sur la proximité.
Enfin, pour conclure, quel est le projet en économie durable que vous voudriez nous faire partager ?
Je pense à Enercoop. Cette SCIC à l’échelle nationale a mis en place une démarche coopérative entre privée et publique. Il s’agit de gens qui produisent de l’énergie renouvelable, en solaire ou autres, et qui ont choisi de vendre celle-ci à des consommateurs tout simplement. Une initiative à suivre…
Merci à Vincent
Tags - agriculture, Loire
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