tooeco s’est exporté, nous sommes partis au Maroc visiter la coopérative d’huile d’argan Tamounte

tooeco s’est interrogé, dans un précédent billet, sur le juste équilibre de l’exploitation de l’huile d’argan à la fois dans un souci de préservation du territoire des arganiers et d’une économie équitable pour les femmes berbères. Grâce à une amie, proche des Marocains et de la culture berbère, nous avons été accueillis au sein d’une coopérative en février dernier. Et quel accueil !

A Imint’lit près de Smimou dans la province d’Essaouira, la coopérative Tamounte, créée en 2003, a pour principale activité l’extraction d’huile d’argan. Mme Tarabt Rachmain, présidente de l’association Tamounte nous parle avec passion de la coopérative.

Racontez-nous comment est né ce projet ?
Cette coopérative a vu le jour à l’initiative de l’ONG NDA International. Dès le départ, 19 femmes sont venues rejoindre le projet. Nous avons trois objectifs : améliorer nos conditions de vie de femmes en milieu rural, faire connaître nos produits issus de l’arganier et enfin intégrer la femme rurale dans le développement local de son douar. Pour intégrer la coopérative, il faut être adhérente.

Quelles sont les démarches pour devenir adhérente ?
Chaque femme qui souhaite travailler à Tamounte signe la charte et s’acquitte de la cotisation d’adhésion de 500 dirhams. Grâce à la charte, la nouvelle adhérente s’engage ainsi sur son savoir-faire d’extraction de l’huile d’argan. La cotisation permet à la coopérative d’acheter le matériel nécessaire, indispensable au début du projet. Les adhérentes en retour perçoivent le bénéfice de la coopérative.

A partir de l’extraction de l’arganier, quels sont les produits que vous vendez ?
Le produit le plus répandu est l’huile d’argan cosmétique. Traditionnellement, les femmes berbères n’utilisent pas l’huile d’argan sous forme cosmétique. Mais quand elles produisent l’huile, plutôt que de s’essuyer les mains à la fin de leur travail, elles se passent les mains sur le visage. C’est ainsi que les propriétés de l’huile ont été découvertes.
Nous produisons également de l’huile d’argan alimentaire et un produit de tradition : l’amlou. Il s’agit d’un mélange d’huile d’argan, d’amandes pelées et râpées et de miel sous forme de pâte à tartiner.

Comment distribuez-vous vos produits ?
Les produits sont vendus localement notamment dans une boutique à Essaouira qui est très fidèle à Tamounte et qui nous permet d’accéder à un marché à l’export. Nous avons aussi les ventes directes des visites à la coopérative. Certaines entreprises souhaitent aussi nous acheter l’huile d’argan en grande quantité mais ce type de vente ne nous convient pas car le client s’attache plus au prix qu’à la qualité du produit.

Le marché de l’huile d’argan a explosé en France. Mais comment reconnait-on une bonne huile d’argan ?
Elle doit être de couleur claire et être inodore. Contrairement à ce qui est répandu, les chèvres ne doivent pas avoir mangé les amendons qui du coup deviennent très odorants !

D’où vient votre matière première ?
La coopérative n’a pas d’arganiers. Nous achetons les noix d’argan aux producteurs locaux. Notre production dépend des producteurs.

Comment a été perçue la naissance de la coopérative dans le village ?
Au début, cela a été un peu difficile. Les hommes comme les femmes étaient frileux devant ce projet. Rapidement, l’apport financier des premières adhérentes a démontré l’atout économique que les villageois pouvaient en retirer. Aujourd’hui, la coopérative est très bien acceptée et nous comptons 51 adhérentes. Toutes les femmes qui ont adhéré à la coopérative dès sa création sont encore là. Vous savez ce sont des battantes car au début ce n’était pas facile !

Quels sont les nouveaux projets de Tamounte ?
Grâce aux bénéfices de la coopérative, nous avons changé de locaux et surtout nous avons maintenant une pièce que nous dédions aux enfants des adhérentes. Bien que parmi les femmes nous ayons des femmes âgées et des célibataires, beaucoup d’entre elles ont des enfants. Nous sommes en train d’organiser un accueil pour les enfants avec du mobilier scolaire. Les enfants pourront ainsi suivre des cours.

Merci à Tarabt, et à Zineb et François qui nous ont fait connaître ce joli coin du bout du monde. Et surtout merci beaucoup de nous avoir fait partager le quotidien des femmes de Tamounte. Leurs joies de vivre nous ont rempli de bonheur !

18 mai, 2009 par Genevieve dans tooeco a rencontré...
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